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Publié : 14 janvier 2012
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LAS ACACIAS

Film argentin de Pablo Giorgelli

Journal le Monde du 03/01/2012 :

"Un routier quitte une forêt du Paraguay pour Buenos Aires. Sur la plate-forme de son camion, des troncs d’acacias. Quelques kilomètres plus loin, il prend, de très mauvaise grâce, deux passagères, une jeune femme et son bébé, une petite fille de 5 mois.

Il est très probable que l’on succombera plus ou moins facilement au charme de cette rencontre entre deux solitudes en fonction du nombre de films argentins minimalistes que l’on a déjà vus. Rubén le routier est le cousin des personnages de Carlos Sorin (Historias minimas, Bombon el perro). Jacinta, sa passagère, l’immigrée guarani, aurait pu passer dans l’un des premiers films d’Adrian Caetano (Bolivia, par exemple).

Il faut attendre cinq ou six minutes pour que les premières répliques soient prononcées, la caméra s’attarde bien plus longtemps sur l’intérieur de la cabine du camion que sur les paysages que traversent Rubén et Jacinta. On sait bien que malgré ce laconisme, l’homme au seuil de la vieillesse et la jeune femme blessée par la vie vont se rencontrer et l’étincelle ne manque pas de jaillir, avec toute la discrétion qu’appelle ce format.

Il est donc facile de se moquer de ce premier film pour sa ressemblance avec ceux qui l’ont précédé, pour ses partis pris de mise en scène et de narration qui semblent relever d’un code de bonne conduite du jeune cinéaste du Cône sud.

Mais ce serait nier l’évidence de l’émotion qui circule sur l’écran. Celle-ci tient à un travail qui a dû demander une patience infinie. Outre Rubén et Jacinta, il y a un troisième personnage dans la cabine, Anahi le bébé. Elle ne fait pas grand-chose, pas plus que tous les bébés du monde : elle sourit, gazouille, pleure, mange, dort, chie... Chacune de ces actions ordinaires amène les deux protagonistes adultes à une autre étape de leur parcours. Pour que ce mécanisme fonctionne, il faut que la petite fille agisse au bon moment sans que des effets de montage trop apparents viennent gâcher l’illusion.

Or, celle-ci est parfaite tout au long de ce film plutôt bref. Les sourires enchanteurs comme les braillements surgissent à point. Si l’on s’ennuie un peu lorsque le silence s’installe dans le camion, on peut toujours se demander comment Pablo Giorgelli a procédé : a-t-il roulé des mois le long du Parana en attendant que l’enfant sourie au bon moment de la journée (toute l’action se déroule en 36 heures, chacune marquée par sa lumière) ? Le bébé est-il capable de jouer ? Ces petits mystères pratiques viennent compléter ceux que suscite l’histoire d’amour esquissée : d’où viennent ces deux-là ? Pourquoi Reuben ne voit-il jamais son fils ? Pourquoi Anahi n’a-t-elle pas de père ? Les réponses sont laissées à l’imagination des spectateurs. Et il n’est pas désagréable de se retrouver à gamberger devant un écran, plutôt que d’être abruti d’évidences."

Voir en ligne : OMNIA République- ROUEN