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Publié : 18 septembre 2011
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FRIDA KAHLO de Gérard de Cortanze

La beauté terrible

Torturée par la douleur physique, mais portée par ses engagements politiques et ses amours tumultueuses, elle construit au fil des années une œuvre picturale puissante et singulière. Sa dernière toile, Viva la Vida, est un hymne à la joie de vivre et à la lumière : « Pourquoi voudrais-je des pieds, demande-t-elle, puisque j’ai des ailes pour voler ?

Ce n’est pas exactement une biographie. Car il en existe bien d’autres, riches en superlatifs : plus détaillées, plus anglées, plus critiques. Le dernier livre de Gérard de Cortanze, écrivain et biographe, notamment connu pour son excellent essai sur Paul Auster (La Solitude du labyrinthe. Entretiens avec Paul Auster, Actes Sud, 1997), a plutôt des allures de promenade admirative dans la vie et l’œuvre d’une artiste passionnée et passionnante, exaltée, excessive, exubérante ; à l’image du Mexique qui la voit naître en 1907.
Et de fait, il faut commencer par l’enfance de Frida : petite fille chétive allaitée par une nourrice alcoolique, élevée dans la solitude et la maladie, souvent raillée, beaucoup exclue. Une existence amorcée sous le signe de la malédiction et qui culmine en 1925 avec ce terrible accident d’autobus, dont les séquelles entraîneront sa mort précoce, en 1954. C’est une lecture morbide, certes. Mais c’est le prix à payer pour tenter de saisir cette jeune femme se parant, peignant et aimant dans le seul but de célébrer la vie avec couleurs et fracas, et malgré ses manifestations les plus cruelles.

C’est aussi par cet aspect très physique que Gérard de Cortanze éclaire le travail d’une femme qui trouva dans la peinture un moyen de réparer l’irréparable, et d’exister hors de la souffrance par la représentation d’un « moi idéal ». Ce faisant, il tire délicatement son œuvre loin des carcans artistiques et politiques où beaucoup ont tenté de l’enfermer, alors qu’elle-même n’a jamais su – ni voulu – intellectualiser son travail.
Tour à tour animée ou bouleversée par sa passion maritale, son expérience de la trahison, ses libertés précoces, sa guerre de genre et l’énergie de son talent, Frida Kahlo ressemble, par certains aspects (limités), à une autre femme controversée, Coco Chanel : toutes deux trouvèrent refuge dans la création pour « vaincre la malédiction de (leur) propre vulnérabilité ». A la différence de la styliste, Mme Rivera ajouta au labeur une jovialité toute mexicaine, bravant la mort à coups de vanités en sucre et de fleurs carmin. Une insolence dont témoigne le titre de sa dernière toile, exécutée dans les ultimes souffrances : Viva la Vida.

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