Documents joints

Publié : 12 janvier
Format PDF Enregistrer au format PDF

Témoignage à Bernay

Collège Marie Curie

Fabien Vuilhorgne, professeur d’espagnol

Les échanges scolaires au collège.

Je témoigne ici pour présenter mon expérience concernant les échanges scolaires que nous avons réalisés au collège Marie Curie de Bernay. Il ne s’agit que de mon expérience personnelle et il existe sans doute beaucoup d’autres expériences très riches pour aider à mettre en place un échange. Mais celui-ci peut vous donner l’envie de vous lancer dans cette aventure, je vous y encourage.

Je suis enseignant depuis 2006 et je travaille au collège Marie Curie de Bernay depuis septembre 2008. J’ai toujours souhaité donner à mes élèves l’opportunité de découvrir l’Espagne en proposant des séjours d’une semaine, dans un premier temps grâce à un organisme, puis dans le cadre d’un échange depuis plusieurs années. C’est un échange scolaire qui m’a moi-même convaincu et a renforcé mon désir de faire des études d’espagnol. Cette belle expérience, j’ai voulu la faire connaître à mes élèves en leur donnant l’occasion de créer des liens forts avec l’Espagne. Il s’agit bien entendu, d’un travail très prenant, dont la mise place et le faire vivre demandent beaucoup d’investissement, cependant le résultat final est toujours un succès et les impacts sur le collège et sur les élèves en valent toujours la peine.
En revanche, organiser un échange n’est pas simple puisqu’il faut tout planifier de A à Z. Voici quelques réponses à des questions que l’on peut se poser lorsque l’on souhaite mettre en place un échange.

Comment trouver un partenaire pour réaliser un échange ?
Depuis 2011, notre établissement a travaillé avec des lycées espagnols : à Madrid, à Chiclana de la Frontera puis à Vejer de la Frontera. J’ai eu la chance de trouver un professeur de Madrid qui souhaitait réaliser un échange sur Etwinning, puis l’année suivante à Chiclana. Cela faisait déjà plusieurs mois que je cherchais un partenaire et Etwinning m’a donné une première réponse. Il existe également des sites sur internet dédiés à la recherche de partenaires étrangers. Pour ma part, ce site répondait très bien à mes attentes puisqu’il permet aussi aux élèves de communiquer dans un cadre sécurisé et propose différents espaces de travail. En plus de ces possibilités, nos propres contacts sont aussi des atouts précieux pour trouver des échanges sûrs et fiables, nous permettant de travailler de manière plus rassurante car l’idée d’entamer un travail avec des partenaires que l’on ne connaît peu parfois faire peur.

Comment organiser la semaine d’accueil des correspondants ?
Une fois le partenaire trouvé, les questions sur l’organisation de notre séjour en Espagne et de l’accueil des correspondants en France sont les premières choses à régler. Nous devons nous-mêmes gérer toute la mise en place avec l’aide du gestionnaire, penser aux réservations et aux visites. Les questions les plus problématiques tournent souvent autour des dates et de l’achat des billets d’avion (si vous souhaitez passer par ce moyen de transport). En s’y prenant bien à l’avance, il est possible de trouver des tarifs très avantageux.
Concernant le budget, nous faisons le choix d’organiser et de prendre en charge financièrement tout ce qui concerne la semaine d’accueil dans notre pays respectif. Ainsi, nous nous occupons des réservations de bus et des visites. Après plusieurs expériences, je me rends compte qu’un programme très chargé en visites et activités, est souvent fatigant et peu profitable pour les élèves et les familles qui souhaitent passer davantage de temps avec les correspondants. Il est également important que le plus grand nombre d’élèves du collège bénéficient de la venue de correspondants, et dans cette optique, des activités d’échanges linguistiques sont très appréciées. Il est possible d’organiser des jeux, des discussions, des débats, des rencontres sportives, etc, afin de créer une dynamique au cours de la semaine. Cette émulation autour de l’accueil des élèves espagnols est profitable et motivante.

Comment faire communiquer les élèves entre eux ?
C’est aujourd’hui un point qui n’est plus une difficulté. Même si des échanges de courriers sont encore très valorisants et source de motivation, les élèves communiquent très vite et surtout très régulièrement via les réseaux sociaux. Ceux-ci sont multiples (whatsapp, facebook, instagram, skype, etc). Ils donnent aux élèves la possibilité d’échanger, de travailler, de parler et donc de progresser dans la langue cible. Toutes les activités langagières peuvent être travaillées, autant la compréhension que l’expression. Pour donner un exemple, il y a régulièrement des élèves qui viennent me montrer les échanges qu’ils entretiennent avec les correspondants, pas forcément le leur.

Quels élèves participent à un échange ?
Je travaille dans un collège et ce sont à nos élèves de 3e que nous proposons ce projet. Le choix de l’âge des élèves est essentiel. Trop jeunes, ils pourront rencontrer plus de difficultés pour voyager et être seuls chez une famille étrangère, s’ouvrir et profiter pleinement des avantages de l’échange. Les élèves doivent également avoir un certain bagage linguistique pour comprendre les familles et être capable de s’exprimer, même si au début, il est difficile de se lancer. C’est d’ailleurs cette mise en difficulté qui sera profitable en cours de langue par la suite et qui permet aux élèves de prendre confiance.
Nous avons cependant la chance de pouvoir accueillir des élèves de CM2 d’une école française du Salvador. Il ne s’agit pas d’un échange mais l’émulation autour de cet accueil est également très importante. Ce sont les élèves de 6e qui reçoivent et qui mettent en pratique leurs premières connaissances en espagnol. De la même manière, cette rencontre stimule les élèves et les motive dans leurs apprentissages.

Quels sont les objectifs d’un échange ?
Passer une semaine chez une famille espagnole et la même année recevoir un correspondant avec qui on entretient des liens privilégiés, c’est évidemment extrêmement riche, "linguistiquement", "culturellement", "émotionnellement", la liste peut être encore très longue. Ces liens privilégiés avec son correspondant, et au final avec le reste du groupe également, est un accélérateur dans leur scolarité en espagnol. Les élèves sont, en très grande majorité, très motivés dès l’instant où ils sont en contact et comprennent les enjeux des cours d’espagnol. On note très vite des progrès. Les élèves sont, en effet, plus à l’aise pour comprendre et pour prendre la parole. Tous en tirent profit, et l’enseignement devient concret, ils ont des images culturelles derrière les mots qu’ils utilisent. Plusieurs de mes anciens élèves ont accepté de témoigner. Certains gardent des contacts très fréquents avec leurs correspondants et avec leur famille. Certains reçoivent à nouveau, certains repartent pendant les vacances. Parfois même, certaines familles vont à la rencontre des familles espagnoles. Certains partent faire des études en Espagne et certains commencent même des études d’espagnol après l’obtention du baccalauréat. Ces témoignages sont la preuve de la richesse qu’un échange peut apporter dans la vie d’un élève.

Enfin, comment faire travailler les élèves tout au long de l’année pour garantir le succès de l’échange ?
Un travail tout au long de l’année entre les participants est selon moi un facteur important à la réussite de l’échange. Cependant, il est parfois difficile de travailler avec une classe sur l’échange si tous ne partent pas. L’idéal est de pouvoir travailler avec une classe ou d’avoir une heure dans l’emploi du temps dédiée à l’échange avec les élèves concernés. A partir de là, il est possible d’établir un calendrier avec le collègue et de programmer des thèmes que l’on souhaite développer. Ainsi, les élèves peuvent noter les différences et les points communs et souligner ce qu’ils ont appris de l’autre culture à travers différents travaux exposés, lettres, emails, enregistrements vocaux, vidéos.
Ce travail peut être ponctuel ou s’inscrire dans notre progression pédagogique. Il peut se faire avant pour préparer la venue des correspondants, pendant pour décrire ce qu’ils sont en train de vivre, et à la suite du séjour pour faire partager aux autres leur expérience et surtout pour maintenir les liens créés. C’est d’ailleurs à mon sens l’objectif numéro un, faire comprendre à nos élèves et à leur famille que l’échange ne représente pas uniquement les deux semaines des séjours en France et en Espagne mais qu’il peut être le début de longues amitiés.

J’espère que ce témoignage vous donnera l’envie de vous lancer dans l’organisation d’un échange. La reconnaissance et les progrès des élèves sont à la hauteur de notre investissement. Bon courage à vous.

Post-scriptum

Nous remercions notre collègue Fabien Vuilhorgne du Collège Marie Curie de Bernay et les personnes qui ont apporté leur témoignage pour illustrer son propos.