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Publié : 30 janvier 2012
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CIGALA Y TANGO

Article du Telerama n° 3230 - 10 décembre 2011

Le 29 avril 2010, sur la scène du Grand Rex de Buenos Aires, il y avait du tango dans l’air. Avec les grands classiques (signés Carlos Gardel, Alfredo Le Pera ou Mariano Mores...) et les pointures locales (le bandonéoniste Néstor Marconi, le guitariste Juanjo Domínguez, le violoniste Paolo Agri...) au toucher virtuose.

Pourtant, ce que les trois mille cinq cents aficionados ont ovationné ce soir-là, c’était bien du flamenco. Sur cet enregistrement live, Diego El Cigala, après s’être frotté au boléro cubain (le magnifique Dos Lagrimas), conjugue ainsi le chant andalou à la mode instrumentale argentine.

Epousant le cadre mélodique du pas de deux, il retrouve, instinctivement, le rythme intérieur du cante jondo. La fusion, timide sur les premiers titres, met d’ailleurs du temps à retranscrire la passion fiévreuse commune à ces deux musiques de l’âme. Après un tango canción très ibérique (Soledad), elle prend corps sur Los Hermanos, une milonga d’Atahualpa Yupanqui où s’invite la voix grave et narquoise du rockeur argentin Andrés Calamaro. Celle, puissante et habitée, du cantaor espagnol, lui répond, enfin débridée.

Elle ira crescendo jusqu’à la fin, atteignant des sommets d’expressivité sur un tango habanera de Kurt Weill (Youkali). Sans exprimer l’âpreté sauvage et solaire du duende profond, mais en exaltant un mystère inédit, celui d’ambiances nocturnes, lascives et dangereuses.

  • Anne Berthod